Le Moniteur : « Grands projets : pourquoi ça dérape ? »

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Le Moniteur : « Grands projets : pourquoi ça dérape ? »

Article paru dans Le Moniteur du 16 février 2015, dont voici quelques extraits à suivre.
L’intégralité de l’article est à retrouver sur :
http://www.lemoniteur.fr/694-collectivites-territoriales/article/actualite/27503932-grands-projets-pourquoi-ca-derape

« Rares sont les grands projets qui arrivent à tenir les coûts et les délais dans la limite du raisonnable. Derrière ces dérapages se cache pourtant une réalité plus complexe que la seule vision comptable.

Définition des besoins

Sur le papier, une bonne définition des besoins en amont du projet par le maître d’ouvrage, qui réaliserait des études économiques et de programmation très poussées, devrait permettre de maîtriser les coûts tout au long du projet. « Mais ce paradigme se heurte au principe de réalité ».

Sous-investissement en amont

Car entre la genèse du projet et le moment où il se concrétise, il se passe généralement de nombreuses années, et un ensemble d’évolutions va inévitablement modifier les besoins initiaux : procédures (concertation, études d’impact, enquête publique, recours…), évolutions réglementaires, normatives ou technologiques… Parallèlement, le maître d’ouvrage, délibérément ou non, investit rarement suffisamment dans la phase de définition. Un constat qui pourrait prêter à sourire s’il n’impactait pas autant la suite des opérations. « Une des causes de ces dysfonctionnements est liée au fait que les maîtres d’ouvrage ne disposent pas toujours de service dédié au suivi des grands projets de construction. Le pilotage par la maîtrise d’ouvrage d’exécution étant défaillant, on peut alors se retrouver avec un programme non stabilisé, des études préalables incomplètes ou mal faites, une mauvaise évaluation économique, et le projet est lancé sur cette base-là ! ».

Concours d’architecture

Phénomène pernicieux et quasi généralisé, le maître d’ouvrage se retrouve, sciemment ou par méconnaissance, à sous-estimer l’investissement de départ pour faire passer le projet auprès des instances de délibération, coûte que coûte. Les équipes de maîtrise d’œuvre qui participent au concours d’architecture n’ont alors d’autre choix, sous peine de se faire éliminer, que de répondre dans l’enveloppe allouée. Sachant elles-mêmes que celle-ci sera insuffisante pour tenir le programme ambitieux affiché par le maître d’ouvrage.

Cette situation se reproduit d’autant plus souvent que, dans la plupart des cas, aucune analyse économique contradictoire n’est menée par le maître d’ouvrage lors de l’analyse des offres.
Ce jeu de dupes qui s’amorce entre le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre ne tient qu’un temps, et la réalité des coûts apparaît au rythme des phases de conception : avant projet sommaire, avant-projet détaillé, puis projet, au cours desquelles le programme initial peut être modifié, amenant son lot de surcoûts, mais où des optimisations vont malgré tout tenter d’être trouvées.

La phase chantier

 Si bien qu’au moment de lancer les appels d’offres pour désigner les entreprises de construction, le coût prévisionnel du projet a déjà bien souvent largement dérivé.

Depuis quelques années, les marchés de travaux doivent en principe être passés par lots séparés. Si ce mode de dévolution à souvent la faveur des maîtres d’œuvre, il ne fait pas forcément le bonheur des maîtres d’ouvrage, car « les risques de défaillance des entreprises, dont les reins sont souvent moins solides que ceux des entreprises générales, sont plus forts ».

Des non-dits qui se payent cher

Les mises au point des marchés menées en phase de négociation avec les entreprises comportent là aussi leur lot de non-dits qui peuvent se payer cher au final.
« Pour s’accorder sur un coût de travaux qui soit cohérent avec l’enveloppe prévue, on supprime des éléments du projet dont chacun sait qu’ils devront être réintégrés par la suite », analyse une programmiste.
La phase chantier est aussi le moment où se met en place un système complexe à trois pôles – maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, entreprise – aux intérêts antagonistes. « Schématiquement, le maître d’ouvrage doit tenir le programme, le délai et les coûts. Pour le maître d’œuvre, le premier objectif est de s’assurer que l’ouvrage réalisé sera le plus fidèle possible à sa conception, de préférence en tenant les coûts et les délais. Les entreprises, enfin, cherchent avant tout à maintenir leurs marges, ou du moins à ne pas perdre d’argent sur l’opération. » Pour ce faire, ces dernières – et c’est le jeu – vont tirer parti de chaque évolution du projet en cours de chantier pour réclamer des compensations liées aux travaux supplémentaires.
Et des évolutions, il y en a beaucoup ! Outre les aléas techniques qui peuvent se révéler largement plus importants que prévus – notamment les aléas géotechniques -, le risque le plus fort est le changement du programme ou du projet en cours de route. « Des modifications simples comme le remplacement de câblages classiques par des réseaux en fibres optiques peuvent, sur un grand chantier, faire s’envoler les coûts ». Les causes d’évolution peuvent aussi être difficiles à anticiper.

Tenir les coûts

 Le tableau dressé par les professionnels est bien noir, et il faut souligner que certains grands projets arrivent à tenir les coûts et les délais dans des limites raisonnables. Mais ils sont rares. Alors, existe-t-il des recettes pour éviter que les coûts n’explosent ?

Théoriquement, la loi MOP offre des garde-fous pour empêcher les dérapages incontrôlés. Par exemple, le maître d’ouvrage a la possibilité de mettre en demeure le maître d’œuvre pour qu’il respecte les seuils de tolérance fixés lors de son évaluation des coûts. « Mais rien n’est en réalité dissuasif car le maître d’ouvrage est bien souvent coresponsable de cette situation ».
Une enveloppe budgétaire bien contrôlée passe surtout par une bonne définition des besoins en amont. L’exercice est difficile, mais il peut être amélioré, notamment en investissant en amont sur des études techniques, économiques et de programmation solides. La situation amène également à s’interroger sur le niveau de rémunération des maîtres d’œuvre. « Leurs honoraires ont été divisés par deux en dix ans, quand leur charge de travail a doublé dans le même temps, ce qui fait un différentiel de un à quatre ! »

 

By |2018-11-24T21:06:33+00:00février 17th, 2015|Non classé|2 Comments

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2 Comments

  1. Lela 12 mars 2019 at 6 h 10 min - Reply

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    • Laurent Levallois 13 mars 2019 at 19 h 54 min - Reply

      Merci
      Le site va évoluer prochainement : plus d’articles à venir, en particulier sur la pratique de l’architecture médicale.
      Cordialement

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